Aussi étrange que cela puisse paraître, je devais assister une conférence sur l'importance (ou non) de la circonférence du membre masculin. C'est que, voyez-vous, je suis sexologue. À temps plein. J'ai étudié la sexologie pendant trois ans. Ensuite, j'ai tâté un peu de tout et de rien, pour aboutir finalement, au bout de quelques années, dans cette conférence qui s'intéresse, cette fois, à l'épaisseur du sexe de l'homme. Ce n'est pas que je me passionne tout particulièrement pour le sujet, mais le rédacteur en chef du journal pour qui je travaille, lui, trouvait ça plutôt divertissant. Je dois par contre avouer qu'une méchante rumeur circule au sujet de monsieur Fallu. On chuchote que sa queue tient trop facilement dans une cuillère à café. Faudrait d'abord l'essayer me direz-vous, mais je n'ose pas. Bien que ma curiosité m'a souvent mise dans de sérieux pétrins, avec Fallu, elle ne se rend pas jusque-là. Pour en revenir à ma conférence qui est, soit dit en passant, fort assommante, j'en étais à ma huitième heure de prise de notes et de bâillements dont je sous-estimais toute la puissance - si ma bouche pouvait garder cette forme plus souvent, je ne ferais pas ce métier aujourd'hui - et j'en avais royalement ma claque. À force de se faire raconter les mêmes fabulations - désolée, mais c'est faux qu'une petite bite peut faire autant de plaisir qu'une grosse - je me forgeais peu à peu un monde imaginaire où il faisait bon se réfugier. J'aurais d'ailleurs aimé me perdre dans mon refuge avec ce grand chauve à lunettes assis dans le coin là-bas, mais depuis que nous étions arrivés - vingt-quatre heures environ - il n'avait aucunement daigné me regarder avec le moindre intérêt. C'est vraiment dommage qu'il soit sexologue ; Bonjour, mon nom est Jean-Marc et je suis sexologue. Vous remarquez qu'il n'est nullement inscrit : Bonjour, mon nom est Jean-Marc et j'aime le sexe. Ce qui est loin de la coupe aux lèvres. Malheureusement, un peu comme les actrices pornos je présume, les passionnés du sexe ne le sont pas forcément lorsqu'il est question de passer à l'acte. Ce qui n'est pas tout à fait véridique dans mon cas. Je suis ce qu'on appelle l'exception qui confirme la règle. Sans me vanter, bien sûr. Je suis diagnostiquée et on me pointe du doigt en tant que membre tributaire du frotteurisme. Ça fait plus de vingt ans que j'essaie de me convaincre que je n'obtiens aucune satisfaction sexuelle en me frottant contre des inconnus (ou des inconnues, si je suis mal prise), mais c'est plus fort que moi. D'ailleurs, je ne crois pas que choisir ce métier m'a aidé à chasser ma défaillance. À force de lire sur le sexe, d'entendre parler de sexe, de voir du sexe, d'essayer de comprendre le sexe, ça ne donne que plus envie. J'aurais dû écouter l'orienteur au secondaire lorsqu'il me proposait de devenir écrivaine ainsi je restais à la maison et ne risquais pas de faire de mal à personne. Bon, c'est peut-être plus le psy qui m'a proposé cette voie et pas l'orienteur et qu'est-ce qui en savait lui après tout! En tout cas, ça m'aurait certainement aidé à calmer mes pulsions. Mais je dois dire que ça vaut la peine de voir la tête de ces charmants jeunes hommes lorsqu'ils s'aperçoivent qu'une jeune femme, ma foi pas trop mal, se frotte littéralement sur leur jambe. Un peu comme le bichon frisé de matante Jocelyne finalement, mais en plus désirable. Enfin, je crois. J'ai un faible pour les hommes qui sentent bon, en habit, cravate, leur attaché-case dans une main, leur petit sac à lunch dans l'autre. Ce qu'ils peuvent être innocents et du coup, inoffensifs. Dans le métro, à l'heure de pointe, collés l'un sur l'autre, ils devinent bien que quelque chose leur colle à la cuisse, une certaine résistance, une chaleur certaine, mais ils ne bronchent pas, ne croyant pas cela possible venant d'une dame. J'ai toutefois la mauvaise habitude d'émettre quelques miaulements sonores, exprimant ma très grande béatitude. Vous vous sentez bien Mademoiselle? me demandent-ils à moitié convaincus. Je me félicite de continuer en voyant cette gentille réaction et je peux commencer ma journée du bon pied. Je n'ai jamais eu de relation tout à fait stable ni tout à fait saine avec un homme. Ils trouvent ce frotti-frotta amusant les premiers jours, mais s'en lassent rapidement. Et c'est que c'est salissant. Pour leur pantalon.
Lorsque j'affirme que la circonférence de la verge se doit d'être le moindrement substantielle, ne vous méprenez pas, je sais de quoi je parle. Bien sûr, j'ai déjà eu affaire à la pénétration. Ce n'est pas ce que j'affectionne le plus. Ce qui m'excite par-dessus tout, c'est un braquemart bien ferme et tendu à travers le tissu d'un pantalon. Je m'applique ensuite à m'astiquer méthodiquement sur ce cinquième membre qui aura tôt fait de me faire jouir. S'il est minuscule et pointe à peine à travers la suédine du pantalon, je n'y trouverai évidemment aucun contentement. Et préférerai m'en passer. Je ne calcule plus le nombre de déceptions.
La conférence s'acheva enfin. À mon grand désarroi, il ne s'agissait que d'une pause cigarette. Perdue dans les limbes de mon imagination, j'avais cru la journée terminée. Eh non, je me devais de me dégourdir les jambes et aller voir de quoi il en retournait dans l'ignoble cafétéria de cet hôtel qui, à lui seul, me freinait dans mes élans fantasques. Je vis mon dégarni, debout, accoudé au bar, parlant futilement au tenancier. Je me fouettai intérieurement, ne voulant pas m'assujettir à mes caprices étranges. Malgré la force de mes revendications envers moi-même, mes jambes me portèrent aux côtés de mon déplumé. Je commandai un hydromel, par réflexe. Eh oui, j'ai ce genre de réflexe moi. Ma tête d'oeuf se sentit interpellée par ma requête insolite et se tourna lentement vers moi, alors que je sirotai goulûment mon eau-de-vie.
On se retrouva dans un taxi, à s'embrasser à bouche que veux-tu, faisant fi du conducteur africain qui se léchait les babines qu'il avait impressionnantes. À l'instant où je m'installai sur lui, toujours habillée précisons-le, je sentis son engin m'envahir délicieusement. Je remarquai avec effroi que nous étions sur le point d'arriver à destination, c'est à dire, sur la pas de la porte de son condo. Je sortis alors les cent cinquante dollars se trouvant miraculeusement dans mon portefeuille, forçant ainsi le chauffeur à poursuivre sa route. De cette façon, tout le monde il est heureux. L'Afro-Américain satisfait sa tendance au voyeurisme. Mon beau pelé exauce son vieux fantasme de baiser dans un taxi. Et moi, j'aurai un autre pantalon souillé à mon actif.
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